Transjurassienne : le CR de Nicolas Mercier

 »Depuis 2 ans, je regarde avec envie le biathlon, admire les paysages et trouve que l’effort dans ces beaux paysages y est également plus beau.
J’admire également le mental dont fait preuve Martin Fourcade et y puise une inspiration pour mes propres défis. J’ai regardé la Vasaloppette à la télé avec aussi une certaine envie.
J’ai conscience que le ski de fond nécessite de la technique mais je sais aussi que les biathlètes pratiquent la natation, la course à pied et le vélo quand il n’y a plus de neige… en y ajoutant le ski roues…. Et une pensée bien présente en moi me dit également que rien n’est impossible si on s’en donne les moyens..
Je continue pendant un certain temps de regarder le biathlon en rentrant de nos sorties de trail ou de vélo ….. Jusqu’à ce qu’en début 2018, Guigui nous annonce dans le forum son projet de Transjurassienne.
Je ne vois pas tout de suite le message sur le forum avant que je n’entende Toufik en parler à une séance de course à pied un mercredi soir.
En rentrant, je regarde sur le forum et découvre la proposition de Guillaume.. Je lis également le compte-rendu de course de Coralie, qui l’a faite en partant de peu… à un détail près.. Elle était en Suisse un peu avant la course.
L’idée de vivre cette aventure sur des skis de fond, dans les paysages blancs du Jura comme ces épreuves de biathlon que je regarde régulièrement m’attire sérieusement. L’idée de relever un défi dans un sport que je ne connais pas mais qui me plait déjà en s’attaquant au mythe de la discipline m’attire également. Je pars de zéro mais j’ai fait du roller, je nage, je cours, je roule.. J’ai fait Embrun et le Bearman. Alors si je rajoute du ski roues.. Ça va le faire.. Je me sais ignorant mais je suis convaincu que je peux y arriver.
J’en parle à Carole pour avoir son retour…. Et donne un accord de principe à Guillaume en disant que je suis intéressé… comme quelques autres collègues du TCA.
La saison passe avec en objectif la quête d’Embrun, le partage de la prépa avec un groupe d’amis et ma demande en mariage à Carole avant la ligne d’arrivée ; de retour d’Embrun, juste après être descendu de mon nuage, je commence à concrétiser un peu ce projet de ski de fond en me renseignant sur les skis roues.
Guillaume a déjà commencé le ski roues depuis longtemps et même fait un triathlon local avec ski roues, VTT et trail.. je ne me sent pas en avance.. Je commande alors mon matériel… Sous les conseils de Thibault de Glissshop qui a déjà conseillé Guillaume.
Je lui explique que je suis triathlète et que mon projet est … de finir la Transjurassienne.. Alors que je n‘ai jamais fait de ski de fond.. mais je vais me mettre au ski roues pour anticiper et j’ai déjà fait un peu plus de natation que les autres années pour préparer la transition. Thibault ne me prend pas trop pour un taré et rentre dans le projet en me conseillant au mieux qu’il le peut et avec sympathie.. Guillaume m’avait dit de voir avec lui et j’ai bien fait de le demander.. Je commande les mêmes ski roues que Guillaume.. Pour que l’on aille à la même vitesse….
Je reçois mon matos en septembre puis, fin septembre après avoir un peu traîné, on fait enfin notre première séance avec Guillaume dans un pâté de maison sur l’Hautil …. l’équilibre n’est pas là, ce n’est pas du tout les mêmes sensations que du roller, beaucoup plus casse gueule.
Je ne suis pas à l’aise du tout et après peut être trois quart d’heure à essayer de suivre Guillaume, ma confiance est au plus bas… ça va être chaud… très très chaud car je ne suis pas du tout au niveau.
La seule satisfaction de cette séance a été de ne pas tomber.. Mais c’est comme un électrochoc.. Il va falloir se bouger le –…
Du coup on commence les séances à Cergy, puis sur la plaine d’Achères avec Guillaume pendant le WE… j’ai vraiment du mal à le suivre.. Alors je retourne seul à Cergy pour me concentrer sur mon équilibre.. En travaillant de nuit l’équilibre est encore moins facile à tenir .. Je casse la pointe de mon bâton.. J’en recommande et répare…et travaille à Cergy..
Mi-novembre, je retourne avec Guillaume sur la plaine d’Achères et là… miracle.. J’arrive à le suivre.. La progression est là..Je commence à y croire un peu plus…
Quelques séance de ski roues s’enchaînent comme ça mais à cause du boulot et des déplacements, pas forcément régulièrement.


L’hiver arrive et je me dis que si je veux pouvoir skier un we un peu à l’improviste je devrais avoir mes skis.. Je rappelle alors Thibault pour être conseillé. Et zut : les skis de Guillaume ne sont plus en promo et sont même plus chers que d’autres un peu plus haut de gamme.. Thibault me rassure en me disant que pour du ski de fond, on peut taper plus haut sans danger et que ça va le faire pour moi. Donc c’est décidé. J’aurai les skis qu’avait Martin Fourcade il y a deux ans !
J’adore l’idée de me lancer dans ce défi avec les skis qu’avait mon idole du mental un peu plus tôt.. C’est un signe du destin.. potentiellement , je peux être champion du monde… potentiellement.
Puis, mon boulot m’amène à travailler en Suède .. Mais au sud-ouest.. Là où il n’y a pas souvent de neige donc zut.. ça a failli être le jackpot pour ma prépa.
Je continue les entraînements de ski roues du soir à Cergy.. Je croise Émilie furtivement un soir. Les orga avec Guillaume ne coïncident pas donc on est obligé de s’entraîner un peu chacun dans notre coin.. La quête est pour l’instant solitaire.
Un mois avant la Transju, mes collègues suédois m’invitent au skidome.. C’est une piste de ski indoor à une bonne heure de l’endroit où je bosse.. C’est top.. Je vais pouvoir tester enfin le contact sur la neige .. Le ski de fond est plus facile pour l’équilibre que le ski roues, je trouve vite mes repères en terme de mouvements des bras .. Mais je me mets un peu trop sur l’arrière et prends 3 gamelles en 13 km.
J’y retourne le lendemain sans mes collègues pour un vrai travail physique, de 40 km, à tourner en rond sur un circuit de 1km 200.. Et sans gamelle cette fois ci.. Par contre, il n’y a pas de grande descente ou de grande montée.. Juste des faux plats et de courtes montées, je finirais complètement vidé physiquement.
A 15 jours de la transju c’est enfin notre week-end de prépa dans le Jura chez les parents de Guillaume…c’est parti pour le vrai ski de fond. Avec de vraies pistes…et de vrais arbres autour de nous.
Les parents de Guillaume nous acceuillent avec une gentillesse sans limite. Je sais maintenant d’où notre Guillaume tire sa gentillesse et sa bienveillance envers les autres.. Les chiens ne font pas des Chats 😉
La première sortie avec Émilie et Guillaume partira de Pesse d’où Émilie a loué ses skis..
Première montée un peu rapide, je m’enflamme dans la joie de la découverte du ski de fond.. Guillaume me redouble rapidement et je constate très vite que j’ai cramé pas mal de cartouches dès la première montée. Avec les groupes musculaires du haut et du bas en simultané, la gestion de l’effort est un peu différente car le cardio monte plus vite.. On monte quand même jusqu’à la borne aux lions .. Et puis .. On redescend bien sûr..
Je suis confiant jusqu’à ce que mon ski droit décide de partir vers le gauche… et une grosse gamelle pour la première descente.. Guillaume et Émilie me donnent alors une note artistique de 7/10 😉
Bon je dois un peu écarter mes pieds .. Et c’est moi qui dois décider de ce que font mes skis.
On continue la sortie .. Un bon 17 km.. Moyennement rassurant quand on sait que la Transju fait 68 km.
L’après-midi, on repart vers Lajoux pour aller dans la forêt du massacre par la Combe à la chèvre ( si si, on dit la combe à la chèvre .. et il n’y a aucune chèvre)..
L’aller est globalement en montée… avec un départ sur une piste de ski… P* c’est dur le ski de fond. On monte .. On monte .. Parfois en canard, sans aucune glisse, mais on monte. J’ai un peu poussé Émilie sur ce parcours qui m’a traité de triathlète ( ahhh l’insulte pour .. un triathlète 😉 ) et elle nous suit bien.
Le retour sera carrément plus agréable car ça descend beaucoup plus cette fois.
Les paysages sont MAGNIFIQUES même si le soleil n’est pas au rendez-vous .. On finit crevé au terme d’un bon 22 km. On a bien mérité un bon repas préparé par Françoise et Pierre qui nous accueillent comme des princes dans leur maison au fond du Jura.
Le lendemain matin, Laurent nous a rejoint.. Notre entraînement partira de Moussière, à quelques kilomètres de chez les parents de Guigui. Mais cette fois-ci, avec une personnalité dont je me rappellerai longtemps : NENESS..
Un homme d’une petite soixantaine d’année, qui aime le sport , un chef de scierie de Suisse qui vient très souvent à Moussière.. Et qui va être notre sympathique Coach pour cette journée de prépa de Transju.. On part vers la borne aux lions.. Et encore une fois… ça monte .. Ça monte.. Et aujourd’hui il y a du vent.. Souvent de face..La neige est fraîche et craque sous les skis .. J’adore..
Neness nous donne des conseils… ( J’essaie d’écrire l’accent suisse mais si ça ne passe pas je vous le referai pendant les entraînements) :
« Si tu as des bââââtons.. C’est pour pouuuuusser.. ».
« Tu transfères bien ton poids sur le skiiiiii et tu gliiiiiisses bien. Car plus tu glisses, moins tu fais d’efforts.. ».
« Là, c’est un petit raidard… et puis les raidars c’est bon pour le cardiooooo.. Mais non c’est pas duuuuur.. Et puis tu n’es pas fatigué… hop hop hop hop hop… plante bien tes bâtons près de tes pieds et tu pousses bien fort en transférant ton poids. »
Bon là, vous avez eu un résumé de cours suisse 😉
N’empêche que je pense que cette sortie m’a bien fait progresser. Et ensuite, je n’ai pas fait une seule sortie sans repenser aux conseils de Neness.
Après ça, on ramène Émilie aux Rousses.. En se disant que l’on irait skier de là-bas mais la tempête a eu raison de notre motivation. La fatigue aussi je pense, car Guillaume et moi étions rincés. J’étais un peu inquiet car mon épaule droite me faisait un peu mal depuis ma première chute. Et l’autre leçon du matin, c’est que le fartage, c’est important. Laurent s’en rappelle encore tellement il en a chié pendant la matinée avec Neness par manque de glisse.
Aux Rousses, on assiste à la première victoire en coupe du monde de biathlon de Quentin Fillon Maillet à l’office du tourisme des Rousses. La dame à côté de nous en avait les larmes aux yeux. Elle nous dit que la mère de Quentin est institutrice pas loin d’ici.
On est bien dans le berceau du biathlon français.. Et ça respire les sources du ski de fond.. j’adore cette idée de faire ce we et la course dans cette région..
Retour avec Françoise et Pierre pour… un bon petit plat du Jura.. Pendant qu’il neige toute la nuit.
Lundi Matin, c’est départ de Lamoura avec une neige qui n’a pas été damée partout.. C’est super comme sensation mais par contre, on n’avance pas ..les bâton s’enfoncent facilement dans la neige même damée et j’arrive mêm a me prendre une gamelle car mon ski gauche s’est enfoncé dans la neige comme si elle s’éffondrait. Nous tenons difficilement un 8 km/h de moyenne .. On monte au chalet de la Frasse, on fait un détour dans la forêt du massacre en se plantant de parcours pour nous infliger une descente et une montée de plus.. Ce coup-ci., Laurent est bien farté mais Guillaume ne l’est plus. Et c’est dur.. Mais beau.. On a droit à notre seul moment ensoleillé dans le Jura de toute la prépa.. Et c’est Merveilleux. Les rayons de soleil à travers la forêt, puis les paysages ensoleillés.. Un pur bonheur.. Rien que pour cela, ça valait le coup de faire tout cela.. Mais Guillaume en chie et prend un coup au moral… on se fait plaisir sur le retour de la combe à la chèvre et … zut.. Il n’y a pas de damage du tout pour le retour final de Lajoux vers les Rousses.. Notre bon Samaritain Pierre vient nous chercher en voiture pour clôturer notre sortie de 29 km de ski de fond .. Difficilement acquis.. Et pleins de belles images dans la tête.
La transju.. Ça va être dur.. Très dur..
Nous rentrons sur Triel et je pars en Suède bosser dans la foulée… où je peux me refaire une petite séance d’une heure au ski dôme et surtout, une bonne séance le dernier soir sur la piste artificielle de Trohllattan ( qui est blindée de neige car cette semaine-là, il y a de la neige partout en Suède avec un petit moins 17 degrés à mon atterissage) .
La piste est entretenue par des bénévoles qui ont une dameuse. Sur les 900m de piste,700 m sont utilisables et je devrais rester dessus. Comme la piste n’est pas plate ça va être un super entraînement pour la Transju. Je ne me pose pas de question , je chausse mes skis et j’envoie un bon 33km en 2h20 avec un bon 500m de déniv.. Pour un 14 km/h de moyenne.. Avec ce genre d’allure, quand la piste offre une meilleure glisse, c’est plus le même sport.. Ce soir-là, je sens la Transju nettement plus dans ma poche.. Mais il ne faut pas vendre la peau de l’ours trop tôt.
Très vite, on se retrouve à partir sur le Jura avec Guillaume.. Et une surprise de taille.. Carole qui ne devait pas venir à cause de notre petit chat malade va venir avec nous car il va mieux..
J’aurai ma plus grande fan qui a vu et cautionné tous mes exploits avec moi.. Ma future femme est une de mes plus grandes raisons de finir mes aventures. Ça va être top.
Encore un bel accueil de Françoise et Pierre que j’ai plaisir à retrouver. On a laissé les skis à farter en arrivant à la Pesse pour un fartage compétition.. Et oui.. On fait de la compétition maintenant.. J’ai mis mes skis sur une piste il y a à peine 15 jours et là, je fais faire un fartage compétition 😉
Je dis à notre farteur que comme je n’ai pas complètement la technique, je compte sur son beau boulot de farteur pour réussir la transju..il se prend au jeu et blague un peu avec nous.
On dort, un peu difficilement pour moi car je sens l’enjeu s’approcher et l’excitation de la course qui monte.. Le samedi on va chercher nos dossards aux Rousses, l’occasion de se plonger dans l’ambiance, de prendre conscience que la piste passe dans le village des Rousses car ils ont créé la piste dans le village et de voir l’ampleur de cet événement dans le Jura.. C’est un pays de culture nordique et le ski de fond y a pleinement sa place, Ca fait partit de leur culture.
Je suis fier d’avoir mon premier chasuble de ski de fond, comme un gamin pour sa première course. On part chercher les skis avec notre fartage de compét .. Et on reste tranquille pour la fin de la journée en préparant nos affaires.. Le calme avant la tempête..
Le soir sera l’occasion d’un petit coaching avec Neness qui vient pour l’apéro .. Ne pas partir trop fort avant la montée de Risoul. En cas de chute, faire gaffe aux bâtons. Et pleins d’autres conseils que j’ai oublié.. Mais il m’a semblé important de voir Neness avant de partir.. Il m’inspire une forte sympathie et donne par plaisir de l’échange.. Ça aussi c’est une découverte dans cette aventure .. Les échanges humains avec ces bruts et sympathiques Jurassiens
La nuit est très difficile, j’ai le sentiment de n’avoir que très peu dormi et de m’être réveillé toutes les 10 mn mais il est l’heure… Pierre sonne la cloche en bas, il s’éclate bien avec.. Il est 6h00.. C’est le jour de la Transju ..
Petit déj où Guillaume est déjà réveillé, brossage du fartage pour « réactiver la cera et enlever l’oxydation de la nuit ».. Je ne sais pas ce que je fais mais j’applique religieusement les conseils du farteur.
On se prépare, on prend nos ski, nos bâtons et on part à Lamoura comme 2200 personnes ( les autres ne sont pas venus par peur du temps peut être).
J’adore cette ambiance de mythe sportif qui mêle le stress du départ, un mixte de peur de ne pas finir, de respect de l’épreuve, une sorte de solidarité entre tous les concurrents, une excitation d’y être enfin, le plaisir d’être là…. Ça y est, je suis au départ de la Transju et ce n’est pas un rêve.. !
Avec Laurent on est dans la vague 3 ( évidemment on n’a pas de chrono référence.. et on veut partir derrière), du coup on se permet de regarder le départ des élites.. Des fusées.. Nous mettons nos chaussures de ski de fond, je fais une bise à Carole qui nous prend nos manteaux et nos affaires.. Et aller derrière notre fameuse dernière vague 3.
On n’attendra pas longtemps avant que le départ ne soit donné. Laurent et moi chaussons, je me mets à gauche pour faire un coucou à Carole et la remercier d’être là.. Et c’est parti.. C’est la Transju.
Au départ, les skis sont des fusées et il ne faut pas pousser très fort pour que ça glisse. C’est limite perturbant car dans ce trafic, je suis fréquemment obligé de freiner pour garder une certaine marge avec les autres concurrents.. Et dans ce domaine, je n’ai aucune expérience.. Il va falloir tout apprendre aujourd’hui.
Le début est un plaisir, il faut en garder pour la fin de course.. Cette sensation de glisse est très agréable.. J’appréhende dès que ça descend car je ne voudrais pas m’emplafonner sur quelqu’un avec mes fusées.. Et .. On arrive au fameux tunnel dont nous parlait Pierre et Neness.. Comme on est derrière, il n’y a pas de bouchons.. Mais je prends de la vitesse et la sortie du tunnel est un mélange de plaque glacée et de neige brassée.. Je manque de prendre ma première méchante gamelle, évitée de peu et je ne sais pas comment. Du coup, je fais encore plus attention.. Mais deux trois descentes plus loin, ça ne va pas suffire.. Mes fusées allant trop vite en descente, je m’en prends une.. Du coup j’attends Laurent qui me suivait mais je ne le vois pas.. J’attends un long moment et après plusieurs minutes je repars car je ne suis plus sûr de rien.. Laurent est peut être devant sans que je ne l’ai vu passer..
On passe devant le centre d’entraînement des biathlètes français à Prémanon, pas loin du stade des Tuffes.. Une pensée pour Martin qui m’a mis ce foutu projet dans la tête.. D’autant plus que l’orga nous a dit au départ qu’il était là. On arrive au premier ravito de Prémanon.. J’attends Laurent au cas où.. Et au bout d‘un moment, je le vois arriver.. Il a pris une chute et craint une cote fêlée ou un problème au sternum.. On repart vite pour ne pas qu’il se refroidisse..
Le départ du ravito se fait en canard.. Puis le parcours sera super agréable jusqu’au Rousses.. Je kiffe le parcours, je kiffe être là et les kilomètres défilent gentiment avec quelques raidards pour qu’on y laisse un peu de jus.. Mais le paysage est magnifique..
Arrivé aux Rousses, Carole est là et je suis super heureux de la voir.. J’ai ma rousse aux Rousses 😉
Le passage dans le village des Rousses est un moment boostant. Skier dans les rues procure une sensation de proximité avec les gens et de privilège.. Je passe devant le podium où je retrouve Carole qui a couru pour venir là.. Et c’est parti pour la montée des opticiens.. En canard.. Comme dans un tire fesse dit Carole.. Et j’entends le speaker dire : … « patati .. patata.. Annulée .. » Temps limite raccourcit sur décision de la préfecture.. Mais je ne comprends pas vraiment ce qui a été décidé.
Je discute avec un concurrent qui est à côté de moi et me dit que le temps limite à bois d’Armont est passé à 11h30.. Dans le fil de la course et je ne sais pas pourquoi, je voyais bois d’Armont après la partie montante dans la forêt du Risoul.. Et donc 11h30 alors qu’il était 10h passé, pour 18km avec les montées, ça va être sacrément chaud.. Je stresse car je veux la finir cette course.. Et du coup sous l’emprise du stress, je perds Laurent et décide de faire mon effort maintenant.. Donc bien plus tôt que prévu..
Là, j’envoie du bois sur cette partie roulante et arrive assez rapidement 10 km plus loin à bois d’Armon.. Et me rends compte de ma connerie.. Je passe le ravito, mange une barre juste après.. Et c’est parti pour la montée du Risoul.. Les cloches sont là, on les entendait de loin. Les gens nous encouragent, avec notre prénom car il est inscrit sur notre chasuble.. Allez Nicolas !!! hop hop hop ( tient .. on dirait Neness ) .. C’est super sympa de recevoir tous ces encouragements.. Ça vaut bien l’ambiance d’un Embrunman.. En version hiver.. Je profite de ça pour détourner mon attention de l’effort car, avec l’effort fait dans la plaine pour accélérer, ça commence à piquer..
La montée est en 2 parties et arrivé en haut, la partie vallonnée est super belle, je profite des paysages.. Le temps passe assez vite.. On passe à côté du chalet des ministres et là … ça descend.. Longtemps.. Avec une neige genre poudreuse super casse gueule.. Je me mets en chasse neige dès que je peux mais sur ce genre de neige brassée par tous les coureurs passés avant moi, c’est vraiment chaud.. Je me fais doubler souvent .. Mais la descente finit par passer..
J’arrive à Belle fontaine (où je pensais quand j’étais aux Rousses qu’il fallait y être à 11h30).
Je retrouve Carole qui m’attend dans le froid et le vent.. Elle est heureuse d’être là et je suis heureux qu’elle soit là.. Je l’aime fort et je m’arrête pour lui faire, comme souvent, un bisou..Et profiter un peu plus de sa présence.
Je repars assez vite et me rend compte que maintenant, je suis presque cramé.. Je visa rentrer dans le dur et je vais payer mes efforts prématurés pour ma barrière horaire imaginaire.
La partie jusqu’à la chapelle des bois est agréable mais mes bras ne sont plus présents et le peu de technique dont je dispose commence à sérieusement se désunir.. j’arrive tout de même assez vite à la chapelle des bois.
Une petite barre, une gorgée de spiruline et ça repart.. Je sais que maintenant il n’y a plus de difficulté majeure sauf une dernière montée .. Pas trop méchante.. Il commence à pleuvoir sérieusement ( il pleuvait un peu depuis la forêt du Risoul mais dans l’effort cela ne me gênait pas), voire même à grêler et je sens un flop flop dans mes chaussures me rappelant à chaque pas ce contexte humide.. Dans l’effort, je n’ai pas froid.
C’est dur mais ça passe.. J’arrive au ravito de Pré Poncet où pour la première fois je vais boire de la boisson énergétique au ravito (chaude la boisson .. ça surprend mais ça passe bien) et je repars..
Avant Chaux neuve, je vois un panneau « danger ».. Mais j’en ai vu plein des panneaux danger et ça s’est bien passé… Donc un panneau danger, c’est easy maintenant pour moi que j’ai .. 4 heures 30 d’expérience… et comme dit le dicton, à force de crier aux loups, on n’n y croit plus.. Et bien le loup, il est pourtant là.. Je m’engage confiant dans cette descente mais je m’aperçois très vite que ce n’est plus la même histoire.. On est genre sur une piste alpine bien pentue.. Rétrécie, avec des tas de neige faits par tout le monde passant à un seul endroit où pour le coup il n’y a que de la glace et où le chasse neige ne sert à rien.. Je ne peux pas m’arrêter ni contrôler un peu ma vitesse . Pour ne pas tomber, je remets mes skis parallèles car je n’ai pas le choix.. Mais ça va beaucoup trop vite et la largeur de la piste se réduit encore. Avec un beau virage au bout.. Donc je retente le chasse neige dans les paquets de neige faits par les autres. Forcément un ski se bloque .. Et je prends une énorme vautre.. Je sens le goût et l’odeur du sang, et pense m’être peut-être cassé le nez. Je crache sur la neige pour voir si c’est rouge.. Pas de rouge donc c’est bon signe. Je passe ma main sur mon nez pour voir si ça saigne.. Apparemment non.. ça ne doit pas être trop méchant.. Je continue.
Bien sûr mes lunettes sont pleine de neige et je les mets sur ma tête car je ne vois plus rien avec. Les fondeurs passent très vite donc je m’écarte pour éviter le sur accident.. Et j’attends qu’il n’y ait plus personne pour repartir.. En chasse neige.. Et sans prendre de vitesse.. Plus de frayeur que de mal mais je sais que j’ai frisé la correctionnelle.
Juste en bas on arrive au tremplin de Chaux-neuve.. C’est impressionnant.. Je pense à Émilie qui nous a envoyé des images de la compétition internationale récente et suis dégoûté pour elle qui n’a pas pu prendre le départ à cause de sa grippe attrapée sur place lors de son stage a Lamoura..
Au ravito, je bois du chaud et mange une barre énergétique.. Un gars discute avec un bénévole et dit qu’il est cramé mais que maintenant il sait que l’on va finir.. Il a raison.. Du coup je repars dans cet esprit.. Finir tranquille .. Et profiter des paysages..
Je regarde autour de moi, je regarde les concurrents et je profite de chaque mètre..Il est joli le pont.. Tiens, un ski cassé..
Je croise un gars qui finit la course avec un tiers manquant de ski droit .. Il a dû tomber dans le raidard de la mort ..
Et d’un coup.. Une fusée passe, c’est le premier du 25 km.. Avec une tenue équipe de France .. Il va à plus de 2 fois ma vitesse et il ne tremble pas aux endroits où j’ai peur de faire une faute technique. C’est réellement impressionnant.. On ne se rend pas compte des exploits qu’ils font à la télé.. Voire même parfois, on a l’impression qu’ils ne vont pas vite.. D’autres fusées passeront.. Jusqu’à ce que je vois, au bout d’une plaine Mouthe, un panneau « 1 kilomètre ».
Ça y est je l’ai fait. .. Ce pari de dingue sur lequel m’a lancé Guillaume est dans la poche.. J’arrive tranquille sur la ligne.. Le speaker dira mon nom : « Nicolas Mercier qui profite de son arrivée »… et qu’un peu que je profite !.. Je pousse tranquille avec mes bâtons presque pour repousser ce moment où ce sera fait, je veux faire durer le moment où je suis en train de réaliser cette aventure.
Carole est bien sûr là, je la cherche, je repère son manteau rose, je suis super heureux de la voir, super fier d’avoir fini. Je vais l’embrasser.. J’ai presque les larmes aux yeux mais je pense que je m’habitue un peu à finir ces trucs de dingue..
Je recule pour que Carole puisse faire une photo .. Et je vois mon Guigui qui court vers moi et qui me saute dans les bras.. Il est content pour moi et ce moment restera un beau souvenir, c’est grâce à lui que je suis là..On est super heureux de l’avoir fait.. J’aurais préféré le voir franchir la ligne des 68 .. Mais ce n’est que partie remise..
Un peu plus loin.. On me donne la médaille, fruit et symbole de tous ces efforts.. J’enlève mes skis et vais retrouver Carole..
Je vois les parents de Guillaume qui sont ravit pour moi.. Je les remercie pour tout.. Comme il fait froid , je vais me changer dans la voiture.. Et je me rends compte qu’il pleut sérieusement .. Et que j’ai mes doigts gelés maintenant que j’ai enlevé mes gants trempés.
Dès que je suis changé, je retourne avec Carole sur la ligne pour attendre Laurent .. J’espère qu’il n’est pas bloqué avec ses chutes et les répercussions de celles-ci.. On stresse un peu.. On espère.. Puis .. Il arrive.. C’est la délivrance.. On est tous là.. On l’a fait.. C’était un rêve pour lui également.. Je suis heureux qu’il ait franchi cette finish line.. On craint toujours que nos compères de ce genre d’aventure ne puissent pas finir.. Aujourd’hui.. Tout le monde a fini sa course..
Une pensée pour Émilie que l’on retrouvera plus tard.. Quelques discussions rapides sous la pluie avec tout le monde mais dans ce contexte, le mauvais temps nous « pousse » à rentrer chez nous.. Ce que l’on fait. Avec notre médaille autour du cou..
Je repars avec Carole et Laurent direction Triel.. Des tonnes d’étoiles dans la tête.. Et une petite certitude que cette course, on y reviendra.. Avec Guigui.. Probablement l’année prochaine.. Et sûrement avec d’autres amis sportifs..
J’ai adoré cette Transju et grâce à elle, mon estime de moi est regonflée pour un moment..

JE REMERCIE SINCEREMENT ET DEDIE MA TRANSJU A :
Notre farteur de la Pesse pour ses fusées que j’ai eu au pied.
Guillaume pour m’avoir embarqué dans son rêve, avoir partagé cette quête avec moi et m’avoir permis de rencontrer entre autre ses parents et Neness
Pierre et Françoise pour leur gentillesse, leur accueil et leurs petits plats locaux..
Neness pour ses conseils, sa gentillesse et son état d’esprit qui fait plaisir à voir ( à son âge j’aimerais lui ressembler)
Martin Fourcade pour nous faire rêver et nous donner l’envie de découvrir ce sport et de faire ce genre d’aventure.
Carole pour son soutien de tout instant et son amour .. Je suis heureux que mon projet principal cette année soit.. Notre mariage. »

Bravo Nico 😊